"Et Yahweh, Dieu, forma l'homme de la poussière du sol et il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant."GENESE 2 verset 7.
Ainsi, par le nez lui fut insufflé l'Esprit de Vie, le Souffle Créateur qui anima le premier homme.
A l'origine du mot "esprit", le souffle (spirare, souffler), cet Esprit de Dieu qui planait sur les eaux et donna à toute la création sa grande respiration cosmique. Si nous, Occidentaux, respirons indifféremment par le nez ou par la bouche, la Tradition Yogi de l'Inde, forte d'une connaissance millénaire de l'Etre, ne se trompe pas sur l'importance primordiale du souffle. Elle nous enseigne que le nez est fait pour respirer et la bouche pour manger, que la Science du Pranayama, maîtrise des énergies subtiles qui animent l'homme, passe par cet organe des sens à la fois tant flatté et tant oublié dans sa fonction essentielle :
recevoir le souffle de Vie et l'offrir ensuite à l'homme pour sa continuité.
C'est parce que le parfum emprunte la voie de ce Souffle qu'il nous offre cette magie éternelle que les plus grands poètes ont chantée.
L'IMPORTANCE DU NEZ
"Jacob s'approcha et le baisa. Et Isaac sentit l'odeur de ses vêtements et il le bénit en disant: "Voici, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ qu'a béni Yahweh!" GENESE 27, 27.
"Lorsque ISAAC, aveugle, demanda à Jacob de l'embrasser avant de lui accorder la bénédiction divine qui revenait à Esaü, c'était bien pour reconnaître son fils à son odeur. Et Jacob trompa le flair d'Isaac en revêtant les vêtements d'Esaü". LIVRE DES ODEURS, Ruth Winters.
Ce passage de la Bible nous rappelle l'importance du nez dans un monde où l'audio-visuel prend une place prépondérante dans notre perception du temps et de l'espace et gère par la publicité une part monumentale de nos motivations et de nos actes. Pourtant, grâce à notre nez, nous sentons instinctivement ce que nous embrassons.
Beaucoup d'ethnies (Esquimaux, Maori, Philippins...) se frottent le nez ou placent le nez et la bouche contre la joue d'une personne pour la renifler. Dans certaines langues parlées par ces groupes, le mot désignant le baiser signifie "sentir". Une coutume arabe veut que les membres de la famille de l'homme respirent la jeune fille qu'ils lui choisiront pour épouse.
Pensons à toutes les expressions que les verbes "sentir", "ressentir", "pressentir" évoquent dans notre propre langue et aux sentiments qui leur sont liés! Amour, intuition, sympathie sont naturellement suspendus à la pointe de notre nez par la sagesse du langage populaire. Bien plus, chacun de nous est un mélange d'odeurs personnelles, familiales, culturelles qui aident les autres à l'identifier et peut déterminer certaines attitudes conscientes ou non de plaisir ou de répulsion.
CERTAINES ODEURS CORPORELLES SONT REVELATRICES D'UN ETAT DE SANTE.
Certaines odeurs révèlent notre état de santé, ceci grâce aux glandes olfactives -apocrines- situées dans les bulbes pileux du corps des mammifères. Ainsi, le diagnostic par l'odorat était pratiqué par les "vieux" médecins qui savaient reconnaître l'odeur spécifique de certaines maladies:
- fièvre typhoïde : odeur de pain frais;
- rougeole : odeur de plume fraîchement arrachée...
autant de signaux qu'ils savaient reconnaître en entrant dans la chambre du malade.
LE NEZ AUX AGUETS
A tout instant, par la respiration ou en portant une bouchée de nourriture aux lèvres, le nez est aux aguets et vérifie l'innocuité de l'air ou des aliments, vérifie si la nature chimique de l'odeur sentie est conforme aux données de notre environnement habituel. Pourtant, le monde moderne devient de plus en plus aseptisé et le nez intervient de moins en moins chez l'homme "civilisé" pour une simple sauvegarde. Mais ce signal d'alarme reste utilisable à tout instant. On repousse instinctivement un plat dont l'odeur n'inspire pas confiance. Notre société utilise ce phénomène en parfumant le gaz de ville, inodore à l'état naturel, avec de l'essence d'ail ou ses constituants.
CHEZ LES BEBES, LE SENS DE L'ODORAT EST ESSENTIEL
A l'Université d'OXFORD, des expériences ont montré que les bébés de six jours reconnaissent l'odeur du lait maternel. Devant deux tétines imprégnées l'une de lait maternel, l'autre du lait d'une autre mère, le bébé ne se trompe jamais.
PROGRESSIVEMENT NOTRE ODORAT PERD SON INFAILLIBILITE PREMIERE
Des tests ont été effectués avec des enfants mis en présence de deux tricots, dont l'un porté par la mère à même la peau pendant deux, trois jours. Renouvelés plusieurs fois avec des tricots différents et le tricot maternel, les tests révèlent:
. ENFANTS DE 2 A 3 ANS : 70 % reconnaissent et choisissent le tricot de la mère.
ENFANTS DE 3 A 4 ANS : 50 % seulement font le bon choix.
Des tests semblables effectués avec des adultes montrent qu'un tiers seulement est capable de reconnaître leur propre odeur ou celle de leur conjoint. Chez d'autres mammifères, vaches, brebis, ce lien olfactif a été prouvé de façon plus nette encore. Cette communication olfactive s'établit dans les deux sens mère-enfant et commande peut-être l'affectivité: "C'est par l'olfaction que l'enfant -le veau- reconnaît sa mère et inversement: par l'odeur, la mère reconnaît son petit comme étant le sien propre. Ce rôle primordial de la "prise de nez" dans l'établissement des liens affectifs vient d'être démontré par l'INRA et la Faculté des Sciences de BESANCON. En l'absence d'une telle prise de contact dès la naissance, la mère rejette tout nouveau-né qu'on lui présente passé un délai de douze heures. Inversement, si dans cet intervalle on présente à la mère un nouveau-né autre que le sien, elle l'accepte comme son propre petit. Une vache à qui on supprime l'odorat accepte de nourrir son propre petit et celui d'une autre vache." SCIENCE ET VIE JUIN 1977.
L'ODORAT VITAL CHEZ LES ANIMAUX

L'odorat est vital chez certains animaux, insectes et mammifères chez qui cette fonction est directement liée au système hormonal et à la reproduction sexuelle.
Certains papillons mâles peuvent sentir à une distance de 10 km les molécules de phéromones -signal odorant d'invitation- qui apparaissent sur les antennes de la femelle à l'époque de l'accouplement.
"Une petite araignée mâle du Montana, le Linyphia Litigiosa, pour assurer la survie de l'espèce et préserver ses privilèges masculins, empaquette la toile trop parfumée de sa promise par un contre-parfum afin que le parfum sexuel de sa belle n'attire pas les autres mâles qui devront donc se tourner vers d'autres toiles". SCIENCE ET VIE NOV. 86.)
"Le Marmouset, ou Ouistiti, vit en groupes très hiérarchisés. Au sommet se trouve un couple dit "dominant", dont la femelle est seule à pouvoir procréer, les autres femelles ayant leur ovulation inhibée par l'odeur émise par les glandes sébacées de la femelle dominante. Le parfum induit la sécrétion de substances opiacées, lesquelles substances empêchent l'émission de l'hormone LHRH par l'hypothalamus des femelles qui, dès lors, deviennent stériles. Lorsqu'on les éloigne de la trace laissée par la femelle dominante, l'ovulation redevient normale." SCIENCE ET VIE AOUT 86.
Sans doute est-ce parce que, pour nous, inconsciemment, l'odorat garde son lien essentiel avec le "ressenti", le "vécu" originel que le parfum a été de tous temps présent dans la vie de l'homme et inonde notre espace quotidien de messages d'appel et de séduction.