Livres et Recherches de

 Joëlle Pellegrin Oldenbourg

   Livre de Joëlle  

 

   Jacques COEUR, L'HOMME AUX YEUX D'EMERAUDE,

Roman historique 400 pages.

 

   D'ALCHIMIQUE MEMOIRE, JACQUES COEUR,

Etude et poèmes, biographie et liens entre les réalisations architecturales

du Grand Argentier de Charles VII et l'Alchimie.

 

Les deux livres sur Jacques CŒUR ont été référencés par le CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX en 2001 pour leur intérêt historique. L'auteur effectue une synthèse de ses recherches sur ce personnage sur le site de l'Institut Khepera qu'elle fonde en 2000 et sur le site officiel des Amis de Jacques Coeur. Elle traite en particulier du lien de Jacques COEUR avec l'Alchimie sur les pages qu'elle lui consacre sur ce site.

 

   AUTOBIOGRAPHIE D'UN PARFUM

BON DE COMMANDE

 


Jacques COEUR

LE MYSTERE DE SA MORT

Sa Présence dans le Var


Articles rédigés par Joëlle Pellegrin Oldenbourg pour HISTOIRE MEDIEVALE, février 2004

L’ALCHIMIE DU MYSTERE
La mort du Grand Argentier de Charles VII est connue par l’Obituaire de la Cathédrale de BOURGES (manuscrit 1415, B.N. PARIS) : « Le 25 Novembre 1456, jour de Catherine, vierge et martyre, obit d’une âme noble, le Seigneur Jacques CŒUR, Soldat de l’Eglise et Capitaine Général contre les Infidèles, qui donna, construisit et embellit d’ornements notre sacristie et d’autre part prit soin des biens importants de notre église.» Où et dans quel cadre intervient son décès ?
Emprisonné depuis 1451, torturé, dépossédé de ses biens, Jacques CŒUR s’évade de la prison de POITIERS en Octobre 1454. Les minutes de son procès révèlent l’ensemble de sa vie et sont parfaitement décrites dans l’ouvrage du Professeur Robert GUILLOT (1). Réfugié dans le couvent des Cordeliers de BEAUCAIRE, il est libéré par son bras droit, Jean de VILLAGE qu’il a appelé au secours dans une lettre de février 1455 : « Jehan, mon bon nepveu, cher fils, pour tant qu’avez pour moi affinité d’amour, et que vous est à cuer ma vie, à vous et à toute diligence me recommande, et pour Dieu, cher fils, ne tardez plus… » (2).
Il s’enfuit à ROME avec ses associés, poursuivis, comme lui, par la Justice royale. Le Pape, Nicolas V, refuse de le livrer à Charles VII et rend hommage au «zèle infatigable qu’il a montré pour le bien, l’unité et la grandeur de Notre Siège et la Nôtre… Il n’a jamais reculé devant aucune fatigue, ni dépense… » (3) N’oublions pas que les deux hommes se connaissent bien. Nicolas V l’a hébergé dans ses appartements privés lors de l’ambassade française de 1448, lui a octroyé de nombreux avantages. Jacques CŒUR a négocié avec succès la fin du schisme de l’Eglise au profit de Nicolas V. Il retrouve à Rome puissance et honneur. Il devient co-organisateur, co-financier et Capitaine Général de l’armada papale organisée par le successeur de Nicolas V, Calixte III. Aucun roi n’a répondu à l’appel du Pape pour sauver la Chrétienté. Durant l’automne 1456, il est blessé pendant la bataille navale de Rhodes qui repousse les Ottomans. Il est dit mort à CHIO, île située en face d’IZMIR, porte ouverte des Ottomans sur la Méditerranée. Dans cette version officielle de sa mort, plusieurs questions se posent.
Il aurait été enseveli dans l’église des Cordeliers, sur l’île de CHIO. Sa sépulture n’y a jamais été retrouvée. N’y aurait-il pas plutôt profité de protections comme chez les Cordeliers de Beaucaire ? Ses rapports avec l’Eglise et les ordres hospitaliers étaient au mieux. Il avait négocié la libération d’un groupe de Chevaliers de Rhodes prisonniers du Sultan d’Egypte quelques années avant. Pourquoi celui qui avait ouvert en grand la voie du « navigaige de France », en particulier avec la Méditerranée et l’Egypte, armateur, excellent diplomate, qui connaissait bien le danger turc, aurait-il, proche de la mort, poussé sa galère vers CHIO ? Cela équivalait à se jeter dans la gueule du loup sans aucune chance d’en réchapper. Ce danger n’en faisait-il pas, plutôt, un endroit idéal de repos supposé où, pendant encore quelques décennies, personne ne viendrait le chercher ?
Est-ce un pur hasard si sa mort officielle est déclarée le jour de Catherine d’ALEXANDRIE, sainte que Jacques CŒUR révérait ? Elle fait face à Saint Jacques sur le vitrail de sa chapelle funéraire dans la Cathédrale Saint Etienne. Elle évoque sans conteste l’attachement de Jacques CŒUR à l’Egypte. Son premier voyage au Levant au printemps 1432 commence par le port d’Alexandrie. La flotte de sept galées qu’il fait construire à partir de 1444 pour ses échanges en Méditerranée vient le confirmer, ainsi que l’ambassade de son bras droit, Jean de VILLAGE, auprès du Sultan d’Egypte, en 1447/8, sans doute parce que lui-même est occupé par l’ambassade de ROME. Jacques CŒUR, organisateur né, ne laisse rien au hasard. Déjà, en 1445, il obtient l’autorisation de construire sa chapelle funéraire et sa sacristie privée dans la cathédrale Saint Etienne. Son fils, Jean CŒUR, devenu archevêque de BOURGES en 1450, n’aurait-il pas veillé à ce que les ossements de son père, mort en héros de la Chrétienté, soient ramenés dans la chapelle familiale ? Michel MOLLAT (4) cite une bulle pontificale accordée à cette fin à Henri CŒUR en 1467, requête restée sans suite. Pourquoi ?
Quelques jours avant sa mort déclarée, Jacques CŒUR adresse une dernière lettre à Charles VII, lui demandant d’avoir pitié de ses enfants en ces termes : « qu’eu esgard aux grands biens et honneurs qu’il avait eus en son temps autour de lui, ce fust son bon plaisir de leur donner aucune chose, afin qu’ils pussent, mesmement ceux qui estoient séculiers, honnestement vivre sans nécessité ». (5) Cet homme, conseiller royal, bâtisseur d’un empire, ne pouvait ignorer que sortir intelligemment de l’Histoire signifiait faire cesser les poursuites qui pesaient sur ses enfants et mettaient sa propre vie en danger. Dans ce contexte, la mort déclarée le jour de sa sainte et l’absence de toute preuve matérielle de sépulture sont-elles vraiment le fruit d’un pur hasard ?
Après sa disparition, une légende naît parmi le Peuple de France qui lui doit sa liberté. « Le Roi sans Couronne n’est pas mort à CHIO. Il a épousé Théodora, Princesse de Chypre, dont l’immense fortune vient redorer sa gloire passée. » Chaque légende ne cache-t-elle pas un fond de vérité ? Si le « Roi sans couronne » a organisé sa sortie de l’Histoire, où donc s’est-il réfugié ? Certainement hors territoire français. Peut-être auprès de son «cher neveu, cher fils », qui l’a arraché des griffes du Roi de France et reste entouré de leurs hommes les plus fidèles ?
En 1457, où est Jean de VILLAGE ? Il a continué son ascension sous la protection du Roi René. Il est accusé d’avoir dissimulé à la Justice de Charles VII une partie des biens de Jacques CŒUR et d’avoir organisé l’évasion retentissante de son maître ainsi que la bataille de BEAUCAIRE pendant laquelle les hommes du Roi ont été tués. Le Roi René a refusé de le livrer au Roi de France, son beau-frère. Jean vit à MARSEILLE dont il sera Grand Viguier en 1473. Il est devenu Seigneur de LANCON DE PROVENCE, Capitaine Général de la flotte du Roi René. Il gère encore l’empire commercial qui a continué d’exister hors de France pendant et après l’emprisonnement de son maître grâce aux sauf-conduits papaux accordés au commerce de leurs galées. Jean de VILLAGE est sans aucun doute en position de force pour aider le maître et ami à qui il doit tout et à qui il a sauvé la vie.
Jacques CŒUR qui, dit-on, passait sa vie à cheval, a sillonné le Sud de la France et la route vers l’Italie. Dans un courrier écrit à MONTPELLIER le 15 Février 1447, il dit : «Je suis passé par cy pour avancer les Estaz, car ils ne vouloient pas besoingner, ny eux avancer ; mais je les feray expédier et m’en vais jour et nuit devers Messeigneurs à Nice. » (6)
Dès 1448, la Provence est un terrain privilégié de son activité. Il existe des lettres de commerce entre « Jacqueti CUERI, Mosseu l’Argenteu » et des commerçants de BRIGNOLES, où se trouve le Palais des Comtes de Provence. Tournons nos regards vers une ville de Provence citée par Paul LECOUR dans la revue ATLANTIS : CUERS. Curieusement, ce nom évoque la devise du Grand Argentier : A VAILLANS CUERS RIENS IMPOSSIBLE.
Dès 1432, Jacques CŒUR s’est tourné vers MONTPELLIER pour profiter de l’avantage des « nefs absoutes » qui recevaient du Pape le droit de commercer avec les Musulmans. En 1448, avec Jean de VILLAGE, il déplace leurs affaires de MONTPELLIER vers MARSEILLE où ils achètent une maison sur le port, avec l’essor que l’on connaît pour son associé.
En 1456, la Provence est d’un intérêt stratégique certain pour un banni qui entretient des liens privilégiés avec le pouvoir politique et économique. Le territoire du Roi René est hors juridiction française. CUERS, également, présente un avantage défensif indéniable. Le village surplombe la plaine et s’étale au pied d’un château fort, Castrum Cueri, qui a prouvé son attachement à la lignée des Comtes de Provence, en particulier à la Reine Jeanne dont le Roi René a hérité. En 1457, le Roi René achète, dans le Massif de l’Etoile, le château de GARDANNE où il viendra chaque année. Ce château est à 85 kilomètres de CUERS. Entre MARSEILLE, LANCON DE PROVENCE, BRIGNOLES et GARDANNE, CUERS semble cerné par les amis sûrs dont un fugitif doit s’entourer. Amis, de plus, qui tiennent encore les clés d’un empire commercial que ce fugitif a créé.
Monsieur Serge PORRE, Historien, Archiviste de la Mairie de CUERS, déplore que les archives de la ville aient brûlé et que l’origine du nom ne puisse s’expliquer. En 1979, il découvre dans l’église Notre Dame de l’Assomption un ensemble de statues datant du Moyen Age, dont une Catherine d’ALEXANDRIE, la tête décapitée. Elle est décrite « exemplaire de marbre blanc 15ème siècle, unique dans le Var ». Il explique sa présence par le fait que l’église avait reçu le nom de Sainte Catherine en 1524. Elle rappelle une statue de la Sainte, marbre blanc également, qui est exposée dans le Palais Jacques CŒUR, à BOURGES et, bien sûr, le vitrail de sa chapelle funéraire.
Dans l’ancienne église Sainte Catherine, se trouvent des éléments qui répondent aux emblèmes du Grand Argentier.
Comparons CUERS et BOURGES. Nous trouvons de bien troublantes similitudes. D’une manière générale, le style architectural de l’église de CUERS avec ses nombreuses croisées d’ogives est tel que le Grand Argentier l’affectionnait dans sa « Grande Méson » de BOURGES, dans son Hôtel de MONTPELLIER, dans sa chapelle funéraire de la Cathédrale Saint Etienne.
L’EMBLEME DE CUERS
La targe à la croisée d’ogives au dessus du chœur porte l’emblème de CUERS, deux clés croisées tête en bas, un cœur et et un lys attribué à la ville par Louis XIII. Lys tête en bas bien proche d’une coquille stylisée telle celles peintes sur les murs du couloir d’entrée de l’Hôtel CŒUR à MONTPELLIER. Ces motifs, de toute évidence, ont été restaurés. Quels sont-ils à l’origine ?
LE LYS Notons que de nombreux lys décorent le palais de BOURGES et sa façade en frontispice. Il est facile d’imaginer que celui dont le Peuple disait : « Le Roi fait ce qu’il peut, Jacques CŒUR fait ce qu’il veut » prenait un plaisir certain à jongler avec cœurs, lys, coquilles et même étoiles sur les murs de ses demeures. Ne tenait-il pas le destin du Roi dans sa main ?
LES DEUX CLES CROISEES TETE EN BAS.
Les deux clés croisées tête en bas sont l’emblème de l’Eglise, mais aussi, liées par une cordelette, celui de Nicolas V qui doit à Jacques CŒUR la négociation de la fin du schisme de l’Eglise. Pour preuve de l’attachement de Jacques CŒUR à l’Eglise et à Nicolas V et en souvenir des privilèges papaux accordés, il expose cet emblème sur la porte de sa sacristie privée et sur un vitrail à l’intérieur de cette salle.
CŒUR ET COQUILLE
Jacques CŒUR est anobli en 1441. Il choisit ses armoiries, trois cœurs et trois coquilles. Comme le rappelle sa chapelle funéraire de Saint Etienne, par sa noblesse acquise, il a le droit d’être enseveli dans une église. Si le lys de CUERS avait été à l’origine une coquille stylisée, la targe au-dessus du chœur de l’Eglise de CUERS pourrait se lire ainsi : le Seigneur Jacques COEUR, par privilège papal, est enseveli sous le chœur de l’église. Seules, des recherches approfondies apporteraient une réponse à cette hypothèse.
Dans l’ancienne église Sainte Catherine d’ALEXANDRIE, deux autres targes retiennent l’attention du visiteur attentif.
L’ETOILE
Un médaillon de pierre à la croisée d’ogives de la chapelle Saint Antoine représente une targe mi-partie avec bande, en chef canton dextre une étoile à six branches. Ce symbole se trouve également sur différentes targes avec bande de Jacques CŒUR à BOURGES, dans son palais et sa sacristie privée. Nous développons le thème de l’étoile par ailleurs. C’est cette même « Compostelle » qui guide le Roi René lorsqu’il achète le château de GARDANNE dans le Massif de l’Etoile.
Le second blason sculpté dans la pierre au-dessus du chœur de l’église représente les trois lys, emblème marial. Cette targe, curieusement, est également l’emblème de l’Anjou, patrie du Roi René, mais aussi du Berry. Le thème de l’Annonciation est plusieurs fois présent dans l’œuvre architecturale de Jacques CŒUR. Sur le vitrail de sa chapelle, Sainte Catherine d’ALEXANDRIE se tient à la droite de la Vierge Marie.
Est-ce pur hasard si les éléments de CUERS évoqués ci-dessus trouvent une résonance troublante dans l’histoire de Jacques CŒUR , dans les symboles qu’il fit peindre et sculpter sur les murs de ses palais, de ses chapelles privées ? Jacques CUER est-il revenu vivre en secret à CUERS près de Jean de VILLAGE, sous la protection territoriale du Roi René ? Quel que soit le mystère de sa mort, une chose est certaine. Grâce aux écus prêtés au Roi pour financer la fin de la Guerre de Cent Ans, dette jamais remboursée, le pays a conquis sa liberté et construit son unité. Le Petit Pelletier devenu Grand Argentier a terminé l’œuvre de Jeanne d’Arc, la Fille-Dée.
Joëlle OLDENBOURG(7), pour HISTOIRE MEDIEVALE, Février 2004.

(1) Professeur Robert GUILLOT, « Le Procès de Jacques CŒUR », Société d’Histoire et d’Archéologie du Berry, n° 36,37, 1974.
(2) Michel MOLLAT, « Jacques CŒUR ou l’esprit d’entreprise », Ed. Aubier, 1988, p. 391.
(3) Claude POULAIN, Jacques CŒUR, Editions Fayard, p. 372.
(4) Michel MOLLAT, « Jacques CŒUR ou l’esprit d’entreprise », p. 182.
(5) Claude POULAIN, Jacques CŒUR, p. 373.
(6) Michel MOLLAT, « Jacques CŒUR ou l’esprit d’entreprise », p. 377.
(7) Joëlle OLDENBOURG, « L’homme aux Yeux d’Emeraude » et « D’Alchimique Mémoire Jacques CŒUR ».