Dans son livre « Jacques Cœur et son temps », éditions Pygmalion 1977, page 139, Georges Bordonove évoque un courrier écrit par le Grand Argentier. Jacques Cœur apprend qu’un receveur du baillage de Bourges paie les soldats en fausse monnaie, il écrit au capitaine de la ville de Saint Benoît une lettre lui demandant d’intervenir prestement :
« Monsieur de Barbançoys, je me recommande à votre bonne grâce autant que je peux, et vous plaise savoir qu’hier, après vêpres, est par deça venu un inconnu, lequel a dit qu’il voulait me parler, moyennant que je lui promettrais de tenir sa parole secrète sans rien découvrir ni révéler à personne vivante qu’elle venait de lui ; auquel ayant prêté l’oreille, il m’a dit que le receveur des aides de Saint Benoît avait accointance avec des arquemiens par le moyen desquels il faisait écus d’alchimie, qu’il employait au paiement des gens d’armes. Et avait déjà, à la connaissance dudit qui en parlait, changé cinq lingots qui n’étaient point d’or comme il semblait, mais de laiton doré par ledit moyen d’alchimie. Et comme se devaient réunir ledit receveur et tous ensemble avec lesdits alchimistes de nuit, en une hôtellerie dudit Saint-Benoît où pend l’enseigne de l’homme sauvage ; et là se devaient changer encore d’autres lingots. Ce qui me fait vous mander par la présente de faire épier et guetter ledit receveur et tous ceux qui viendront en ladite hôtellerie, le faire arrêter et conduire ce receveur à Bourges, afin d’enquêter sur lesdites besognes. Et à cela ne devez en rien faillir, car c’est chose de grande utilité au service du Roy notre sire. Jacques Coeur »
Sur ledit extrait, trois remarques s’imposent.
Premièrement, si Jacques Cœur est véritablement alchimiste, il est logique qu’il cherche à entrer en contact avec des « arquémiens », ceux qui pratiquent l'art alchimique. Veut-il s’assurer que son secret est bien gardé, comme l'exige également l'interlocuteur qui s'adresse à lui sous condition que jamais son identité ne sera révélée? Est-ce curiosité pour ce que d'autres pratiquants pourraient lui révéler. Cette démarche lui semble essentielle :
« c’est chose de grande utilité au service du Roy ».
Deuxièmement, pour les véritables alchimistes en quête de pierre philosophale, l’arquémie est considérée comme une alchimie secondaire qui consiste à transmuter les métaux vils en or et même à simuler la transmutation . Les lingots dont il est question semblent le confirmer puisqu'il ne s'agit que de laiton doré et non d'or. Il serait alors compréhensible que Jacques Cœur cherche à stopper des pratiques « inférieures » à l'alchimie dite "noble" qui, elle, est consacrée à la recherche de la Pierre Philosophale ou de la Médecine universelle, les deux pouvant être confondues.
Quelles sont ses véritables motivations ?
Troisièmement, quelle est la suite de cette intervention écrite de Jacques Cœur ? L’arrestation a-t-elle lieu ? Que deviennent ces arquémiens ?
Joëlle Pellegrin Oldenbourg