Pouvons-nous répondre à la question « Jacques Cœur était-il alchimiste » d’une manière péremptoire ? Sûrement pas. En essayant de pénétrer dans la pensée alchimique, la difficulté majeure est que le langage employé, la langue des oiseaux, décrit un monde qui, non seulement nous est inconnu, mais possède, de plus, une double signification. La première signification est de type exotérique, elle est compréhensible à tout un chacun, évocation de la nature, arbres, fleurs, etc., ou évocation religieuse en particulier. La seconde signification est de type ésotérique ou hermétique, fermée à certains. Elle n’est compréhensible qu’à celui qui pratique et s’appuie donc sur l’expérience ou à celui qui accepte de faire fonctionner la part intuitive, symbolique de la pensée ouverte à la spiritualité.
Aujourd’hui, les spécialistes du cerveau reconnaissent à l’être deux polarités cérébrales, part masculine et part féminine, un peu comme la matière philosophale des alchimistes. Part masculine, le coeur. Part féminine, la coquille. Les fonctions du cerveau gauche sont dévolues en particulier au traitement des données de la vie concrète : logique, raisonnement, analyse, situation dans l’espace, sciences concrètes, etc. C'est cette part que notre monde moderne, par son trop-plein de matérialité, nous incite à développer à l'excès. La voie de l’action en quelque sorte. La partie droite concerne plus particulièrement la vie intérieure, intuitive, affective, l’esprit qui tend à réunir, synthétiser, le monde de l'abstrait, la voie du sentiment et du monde non pesé, non délimité.
Pour approcher l'alchimie, il faut accepter d'unir en nous ces deux polarités. Ce qui n'est pas facile car tout, dans notre monde moderne, nous pousse à privilégier le cerveau gauche, matériel et concret et à occulter désespérément tout ce qui a trait à l'intangible et à la spiritualité, tous sujets bien plus difficiles à cerner que la simple matérialité.
Quoi qu'il en soit, l'Alchimie est dans l’air de Bourges, elle circule dans les couloirs des palais où se promènent les initiés aux mystères de l’art dit royal. Elle y a même une rue. L'aura de l’alchimie médiévale continue de colorer la vie secrète du Grand Argentier de Charles VII d’un voile de mystère, comme la magie du métal en fusion éclaire les différents aspects de sa fabuleuse ascension.
Dans cette voie parcourue au fil des ans pour comprendre qui était Jacques Coeur, j’ai trouvé une infinité de chemins menant les uns vers les autres avec une intelligence savamment orchestrée, chemins ou signes reliés les uns aux autres, s’éclairant les uns les autres. Certains penseront que ce faisceau de convergences n’est dû qu’au hasard. Peut-être ont-ils raison. Pour ma part, je ne crois plus au hasard depuis longtemps. Je vous laisse décider. Mon but ici n'était pas de vous convaincre, mais d’inciter d’autres personnes à chercher, encore chercher, dans le livre du temps, comme les alchimistes doivent lire et relire sans cesse les anciens traités.
A l’athanor, conclurons-nous sans clôturer, il n’est pas de fumée sans feu. Quoi qu’il en soit, les frémissements du métal en fusion jettent sur la vie de Jacques Cœur, monnayeur royal, un voile de mystère que personne n’a encore levé et qui dépasse largement le cadre de la fonte des monnaies. Il ne nous reste plus qu’à partir en quête du manuscrit transmutatoire de Montpellier. Jacques Cœur aura-t-il jamais fini de nous révéler ses secrets ?
ET SI VOUS DONNIEZ EGALEMENT VOTRE AVIS SUR LA QUESTION AUX AMIS DE JACQUES COEUR, à Bourges ?
Joëlle Pellegrin Oldenbourg